It’s a bitter sweet symphony this life

Le garçon qui me plaît

Le garçon qui me plaît aime la musique techno. Lui et moi, on a des goûts musicaux très différents, mais on arrive à s’entendre sur certains groupes. On s’entend par exemple pour dire que Coldplay et John Mayer, c’est bien. On s’entend aussi pour dire que les pianistes instrumentaux comme Ludovico Einaudi et Yann Tiersen seront de bonnes musiques à mettre le matin dans notre futur grand loft, qui sera de style moderne à sa demande et sur le plateau Mont-Royal , à ma demande.  Celui qui me plaît et moi, on n’aime pas beaucoup quand il fait trop chaud l’été. Nos saisons préférées sont coordonnées, ce qui est bien car ça nous fait un bon point en commun.  Il aime le printemps et moi aussi, mais je préfère l’automne car je trouve mélodieux le bruit des feuilles mourantes de toutes les couleurs qui tombent ou qui craquent sous nos pieds.

 Le garçon qui me plaît et moi, on est des meilleurs copains depuis secondaire quatre. Ce qui nous fait une amitié on-and-off d’au moins cinq ans. Au secondaire, celui qui me plaît et moi on passait nos journées à se raconter nos petits secrets loin des oreilles indiscrètes, à s’embrasser pour le plaisir de la sensation sur nos lèvres inexpérimentées, à écouter de la musique et à se faire des CDs qu’on nommaient ‘’Lui + Moi mix’’. Le garçon qui me plaît et moi, on aime bien rien faire ensemble.  Quand on fait rien, on prend de longues marches sinusoïdales dans Montréal  passant par Rachel pour se rendre dans le Mile-End, pour redescendre Laurier et enfin, jusqu’à mon vieil appartement sur la Dorion. Ensuite, quand on n’a plus rien à rien faire, on finit souvent par passer des heures au lit à s’apprécier l’un et l’autre. J’aime bien son parfum et il aime bien ma peau douce, alors on s’entend bien.

Le garçon qui me plaît aime bien la boxe et le hockey, alors que je trouve ces deux sports violents. Mais comme ces deux sujets n’entrent jamais dans nos conversations, ça ne nous dérange pas. Lui et moi, nous portons tous les deux le carré rouge, ce qui ferait de nous un excellent sujet de tweet pour #Manifdating. Mais comme on ne va jamais aux manifestations ensemble puisqu’il habite loin, il nous est impossible de tweeter notre photo. Le garçon qui me plaît est mon professionnel favori à la guitare. Quand il joue, je me couche sur mon lit et je ferme les yeux pour me laisser bercer par sa musique, ce qu’il trouve étrange puisque je suis la première à vraiment prendre le temps d’apprécier son art.

Par contre, le garçon qui me plaît et moi, on n’a pas les mêmes visions de la vie. Il aime la technologie et trouve notre époque plaisante, alors que j’aime la nature et que j’aurais rêvé être une hippie portant une robe à motif de tapis. Alors, on s’engueule parfois parce qu’on ne se comprend pas, mais puisqu’on se comprend sur beaucoup d’autres trucs, ça ne nous dérange pas trop. Lui et moi, on est également opposés de caractère. Il est calme, en contrôle de ses émotions, il réfléchit avant d’agir et il demeure sympathique avec tout le monde, même ceux qu’il n’aime pas. Tandis que moi, je suis un paquet d’énergie artistique, qui m’extasie devant plein de petites choses sans importances et qui pleurent toujours et sans exceptions dans les films de Walt Disney et, bien sur, qui envoie promener tous ceux qui ne lui plaisent pas.

Celui qui me plaît et moi, on parle souvent de notre futur ensemble. On s’imagine une famille, avec une grande maison de style moderne à sa demande, et situé en bordure d’un parc, à ma demande. On s’imagine être des grandes personnes avec un vrai emploi, lui professeur, ce qui nous permettra de voyager ensemble, et moi journaliste, voyageant par mon métier même. On s’imagine faire une foule de rencontres, on s’excite souvent à l’idée de toutes les expériences à tous les points de vue qui nous attendent.

Malgré tout ça, malgré tous ces jolis plans, malgré toutes ces belles paroles, malgré tous ces je t’aime lancés par-ci par-là pour le plaisir d’aimer quelqu’un, je sais que son cœur ne m’appartient pas. Je sais aussi, qu’il aimerait que son cœur m’appartienne, mais son corps demande autrement. Son cœur est rempli de questions, d’incertitude, de passé, d’apprentissage de vie et de besoin d’expériences différentes, d’expériences nouvelles. Son cœur ne m’appartiendra jamais et n’appartiendra jamais à aucune autre. Alors, comme je sais que son cœur n’appartiendra à aucune autre peu importe ce qu’il arrive, je continue de voguer avec lui sur une mer bleue ivoire truffée de millions de poissons multicolores, une mer qui sent la noix de coco et qui me rassure. Une mer dont j’ai profondément besoin dans ma vie.   

Avec sa petite tronche d’enfant content! ohhh

Avec sa petite tronche d’enfant content! ohhh

Petit moment quétaine, photo encourageante

Petit moment quétaine, photo encourageante

Au XXe siècle, l’amour est un téléphone qui ne sonne pas
— Frédéric Begbeider, l’amour dure trois ans

Tristan

Tristan ne me répond pas. Pas par messages textes, pas quand je l’appelle. En fait, Tristan m’a toujours répondu quand ça lui tente, quand le cœur lui en dit. Comme quand il est à son boulot de merde coupé du reste du monde ou quand soudainement tous ses autres copains le délaissent, ne lui répondent pas non plus. Je lui ai d’ailleurs dit, un jour, que j’aimais pas qu’il me tienne pour acquis comme ça. Lui qui ne s’emporte jamais, il a pourtant semblé presque offusqué ce jour-là et il m’a répondu que jamais il avait l’impression de me tenir pour acquis et qu’il ne voulait simplement pas devenir envahissant. Et moi, comme je bois toutes ses paroles et avale tout tant je veux croire ce qu’il me dit, j’ai fermé ma gueule de chialeuse et j’ai arrêté de l’énerver. Tristan est passé maître des petites répliques ‘’sweet’’ qui me font sentir comme une vraie folle à lier.

Ce soir, son silence m’énerve plus que d’habitude et je fais des cercles, ou des ovales plutôt, dans ma cuisine. Ma coloc Ève me voit et me suggère de m’assoir et de prendre une bonne crème glacée nappée d’une bonne dose de rhum épicé. Ève est partie un an en voyage à l’autre bout du monde, en faisant quelques arrêts en Asie. Selon elle, ils servent ça là-bas en Asie et les asiatiques, ben ils sont heureux. Alors j’accepte, car évidemment, moi aussi tout ce que je veux c’est d’être heureuse. C’est pas parce que j’en ai plus de misère que je ne le veux pas.

En mangeant la boue froide qui me pique la gorge, je réfléchie. J’aimerais que Tristan soit passioné par moi, comme je le suis par lui. J’aimerais qu’il pense à moi tout le temps. Comme quand il regarde la télévision, quand il joue de la musique, quand il démarre en première vitesse avec sa Sunfire noire, quand il se cogne contre un coin de table, bref, tout le temps. J’aimerais qu’il me parle aussi, de n’importe quoi. Qu’il me dise qu’il m’aime, qu’il se projette avec moi et nos enfants, qu’il veut partir en Gaspésie, qu’il souhaite m’enduire de lait au chocolat et qu’on en fasse un moment coquin, n’importe quoi, tant qu’il me parle. Mais je ne crois pas que Tristan possède la faculté d’être amoureux. Il est trop détaché de tout, rien ne l’affecte assez, il n’est pas assez encré dans ses émotions pour se laisser tomber en amour, un sentiment tellement loin dans la game chromatique émotionnelle.

Pourtant, Tristan m’a dit avoir déjà été amoureux, de son ex-copine Annie-Fleur-nom-quétaine-qu’il-aime-probablement. Je ne pense pas qu’il ait vraiment été en amour, parce que je ne crois pas qu’il en soit capable. Pour être en amour, il faut être intense, il faut être émotif et non pragmatif. À moins qu’il existe différents degrés d’amour, qu’est-ce que j’en sais? Quand il m’a dit avoir été amoureux de Annie-Pétale, j’ai répondu qu’il était chanceux parce que j’avais jamais été vraiment en amour. Maintenant, je réalise que j’ai probablement été plus amoureuse que lui ne le sera jamais. J’ai aimé mes deux ex avec beaucoup de passion, et si j’ai décrété ce soir-là n’avoir jamais été en amour, c’est que je rêve d’un bel et grand idylle à l’eau de rose tout droit sorti d’un film Hollywoodien, ou Bollywoodien pour ce que j’en ai à cirer. Je rêvais que par cette révélation, il se donne comme mission de me séduire afin que je tombe folle dingue amoureuse de lui. Je lui tendais une perche.

En fait, je pense pas que je sois son genre de fille. J’essaie de comprendre pourquoi il m’aimait en secondaire quatre alors que je n’étais qu’un paquet d’hormones instables, et je comprends. Il aime les filles qui sont dépendantes de lui, mais partout ailleurs en même temps. Il aime le fait qu’alors qu’on était encore enfants, ou adolescents ce n’est qu’une question de rhétorique, j’étais sa meilleure amie. On faisait tout ensemble, on s’embrassait même souvent, mais jamais je ne laissais la porte ouverte à autre chose. J’incarnais un genre de défi continuel pour lui. S’il m’avait eu au complet, comme maintenant, c’aurait gâché pas mal de choses. J’étais, au fond, la parfaite séductrice pour lui à ce moment-là. J’imagine que c’était la même chose pour Annie-Tulipe, il lui courrait après sans jamais qu’elle ne lui appartienne vraiment. Elle s’appartenait à elle-même, c’est lui-même qui me la dit. Et si maintenant je ne l’attire plus comme quand j’avais seize ans, c’est que j’ai vieilli et que je suis prête à me poser, à arrêter de papillonner de fleurs en fleurs. Oui, je suis prête à rencontrer la personne pour moi, et malgré les torrents d’émotions qui me poussent vers toi, qui me crient qu’ils ont besoin de ton corps contre le mien, clairement tu n’es pas cette personne.